La chambre,
Havre de solitude où nage le tourment,
Havre aux sanglots parfaits, sans perle ni sans lame
Où se noient les espoirs, où l'esprit, doucement
S'émembre.

Néant !
Écho cannibalesque et pourtant oriflamme
De l'angoisse absolue, de l'infinie terreur,
Dévoreur d'étoiles scintillantes en l'âme
Séant.

Ô chambre,
Havre tumultueux, règne du dévoreur.
Au travers de la nuit, ténèbre sidérale,
Le poète, l'esprit encore épars, l'horreur
Remembre.

Néant !
Oh ! Toujours le néant ! La chute vespérale
Te couronne, ô néant. Tu domines, sournois,
La nuit et son esprit — agonisant d'un râle
Fluent.

La chambre,
Calice aux voluptés, sépales comme harnois.
Gouffres vertigineux, de la muse déclose,
Brasillent de grands yeux mêlés d'un vert siennois
Et d'ambre.

Néant !
Sans elle, fanaisons, mort des vers, de la prose.
Ton règne est annoncé, ô l'infinie noirceur...
Mais la beauté triomphe ; et ton empire explose
Béant !

La chambre,
Triste cénotaphe, souvenir de l'horreur,
L'odeur capiteuse de la muse vénale
Dont volent les cheveux, et qui avec hardeur
Se cambre.

Néant !
Toi, qui la dévorais, égérie virginale,
Quel prix vertigineux pour te croire envolé :
Agonie, souffrance, langueur libidinale.
Pourtant...