Comme je marche seul à travers les bois sombres,
Hagard, accompagné d'à peine quelques ombres,
Sous ce feuillage épais mon penser semble vain.

Pourtant, j'entends frémir comme une créature ;
Ce léger bruissement — celui de la nature —
N'est que l'incarnation du silence divin.

Mais comment pourrais-je tolérer sa présence ?
Moi qui ai refusé de prêter allégeance.
Comment pourrais-je ? — j'ai brûlé Sa maison.
Oui ! de mes mains brûlé ! et pourtant sans raison...

Et ici ne s'est pas arrêtée ma démence
Car j'ai aussi tué, chargé de véhémence
— Tué avec raison cet enfant de putain,
Le laissant à terre... pathétique pantin.

J'ai beau eu vénérer des divinités mortes,
J'ai beau eu incendier de notre Dieu les portes,
J'ai beau eu refuser d'emplir pour Lui les sportes,
J'ai beau eu mépriser jusqu'aux derniers cloportes,

Quand je m'assois au sol avec un mauvais vin,
Que je ferme les yeux, refusant Sa présence,
Son silence brille comme une incandescence
Sur mes pensées noires — le silence divin.