Ô me pardonnerez-vous ? si je paraphrase
Le grand Paul Verlaine en vous disant faire souvent
Ce rêve étrange et pénétrant, car oui, souvent,
Je fais ce rêve familier qui m'embrase.

Il est nappé d'une brume lourde et épaisse,
Avec comme seules lumières brillant
Dans le ciel la lune et ses larmes criant
En silence sa solitude et sa tristesse

— Mais a-t-on déjà vu la lune autre que triste ?
À travers les vapeurs diaphanes elle vient
Flatter votre peau et alors ce corps devient
Une statue d'albâtre, chef-d'œuvre d'artiste ;

Et comme si Rome était encore l'Impériale,
Comme si brillaient Athènes, Sparte ou Argos,
Vous, mon Aphrodite Ourania ou Pandémos,
Sous cette obscure lumière vespérale,

Vous m'apparaissez. Beauté pâle, hellénistique,
Vos cheveux brillent sur vos épaules, couchés
Comme si le roi Midas les avait touchés.
Je m'imagine leur parfum, arôme antique

Venu d'orient, de Grèce ou de la Rome antique,
Douce odeur d'ambroisie ou peut-être de fleur ;
Sa senteur flamboyante est pour moi un bonheur
— Un ravissement m'évoquant l'art romantique.

Voilà que nos regards se croisent — tragédie.
Soudainement, par pudeur ou par cruauté,
Votre visage disparaît — atrocité.
Vous commettez ce geste qui me congédie :

Vous me tournez le dos. La longue chevelure
Qui nimbait vos traits d'ange s'allie désormais
À la brume pour vous voiler à mes yeux, mais
S'esquisse toujours devant moi votre charnure

— Aussi, je laisse mon pied rompre le silence.
D'un premier pas qui résonne pesamment,
Anxieux, je m'approche inexorablement ;
D'un deuxième, puis d'un troisième pas j'avance.

Alors que j'avance, des frissons me parcourent.
Je suis comme attiré par ce reflet opalescent
Sur votre épaule nue — je me sens tumescent.
Dans vos longs cheveux blonds et lisses, mes doigts courent ;

Mon visage s'y plonge, enivré du parfum ;
Mes mains libèrent vos épaules douces, blanches,
Puis glissent le long de vos bras jusque vos hanches
Nues, et votre cou, mes lèvres l'effleurent enfin.

Mais Hélios, dans son aurorale cruauté,
Vient lécher mes paupières de ses rayons,
Ne me laissant pour vêtement que ces haillons :
Les souvenirs écorchés de votre beauté.