Comme Hélios a chuté et que sonnent complies,
La voûte céleste surgissant du néant
Se pare d'étoiles en un reflet géant
De mes iris, toiles d'astérismes emplies.

Orion, sur les cornes du taureau, rocambole
Sous le regard ravi du vieux cocher, clappant
Avec joie ses deux mains. Éridan se répand
Inexorablement le long de la coupole.

Andromède brille nue dans le firmament
— M'évoquant ma divine et belle fiancée.
Enchaînée, tend-elle la paume vers Persée ?
Veut-elle retrouver les bras de son amant ?

Peut-être songe-t-elle à chevaucher Pégase,
Hurler, cheveux au vent, sa joie ou son malheur,
Cataractant du ciel, sans peur et sans douleur,
Avant qu'au sol enfin son roussin ne s'écrase.

L'étoile du Berger, opale scintillante,
Ô Vénus callipyge à la robe amarante,
Dévoile sa rondeur à Mars, à Jupiter,
Tandis que Saturne, seul dans son bain d'éther

Et regardant au loin cette peinture immense,
Comme un jeune prince, parade ses anneaux,
Honorant cette toile embrasée de fanaux
— Ces astres magistraux qui chantent en silence :

Vastes nébuleuses spirales
Des éternités sidérales
Sur ce vélin fuligineux
Au gabarit vertigineux
Dansant sur une symphonie
De grands amas en syntonie ;
Étoiles en défloration
Et trous noirs en dévoration,
Des iridescences pulsantes,
Des comètes opalescentes,
— Perséides cavalcadant
Dans cet univers spumescent ;
Ô de splendides galaxies
Abritant, en ataraxies,
La trop rougeoyante Arcturus
Et la bienveillante Sirius,
Une Bételgeuse mutine
Ainsi qu'une Deneb lutine,
Une Véga, une Altaïr
— toutes semblent s'épanouir
En ces personnages antiques,
Constellations ithyphalliques
Ou innocentes tapissant
À travers ce trait lactescent
La divine coupe céleste
De cette opacité funeste.

Dans ce silence,
Des larmes s'épanchent, sous la pâle uranie,
De mes iris noircis, ne pouvant s'abstenir,
De mon Iris, noircie — au triste souvenir
De cette aorasie voilée de vésanie.

Dans ce silence,
Que seuls interrompent les murmures du vent,
Le bruit de mes genoux heurtant le sol de pierre
Éclate bruyamment, comme un coup de tonnerre
Ne laissant après lui qu'un écho survivant.

Et ce silence,
Sonne comme le chant d'un élégiaque adieu ;
Ce silence, le vôtre est aussi angoissant,
Ce silence, le vôtre est aussi terrifiant
Et plus glaçant encor que l'absence de Dieu...