Roman : Le Viol d'Europe

Le Viol d'Europe

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Le monde est en guerre. Les Parisiens tombent sous les bombes ou sous les balles de fusils d'assaut. Les journalistes sont menacés ou même assassinés. Madrid, Londres, Bruxelles n'ont pas été épargnées non plus. Nul futur obscur, nous sommes en 2015.
Au Moyen-Orient, la charia s'impose. Les chrétiens sont égorgés, leurs églises dynamitées, les femmes ou réduites en esclavage ou voilées.
Perdu au milieu des causses aveyronnais, un loup solitaire rêve de grandeur. Lui aussi voudrait en être, de cette guerre — lui aussi veut avoir du sang sur les mains.
Le Viol d'Europe est un roman de 320 pages suivant les pas de Raphaël Varsi, terroriste qui, pour garder une certaine forme de sanité mentale, séquestre dans sa demeure de jeunes femmes. Le style est élégant, la violence — tant physique et psychologique que politique — est omniprésente, et nulle censure ne vient entacher les scènes de sexe, de viol ou de tuerie, ni amoindrir la réflexion politique du livre.

Nouvelles

Quel autre choix ?

Jusqu'ou peut aller le sacrifice par altruisme ?

Maman,

Je suis désolée. Désolée que tu aies à subir ce spectacle. Aucune mère au monde n'a envie de retrouver sa fille pendue à la poutre de sa chambre. Je me souviens encore, il y a quatre ans, quand nous visitions des maisons pour nous installer dans ce quartier — j'avais quoi ? 10 ? 11 ans ? — j'étais fascinée par ces poutres apparentes dans ces combles qui allaient devenir ma chambre. Aujourd'hui encore, je reste persuadée que ce sont ces solides chevrons de bois qui m'ont fait choisir cette maison — et qui, donc, vous l'ont fait choisir. — Qui aurait deviné qu'elles allaient me servir de potence ?
J'avais d'abord songé à prendre un billet de train pour la Bretagne, marcher jusques une haute falaise et laisser l'océan m'emporter — disparaître, simplement —, mais je ne pouvais pas te laisser dans le doute, me savoir disparue, pas tout à fait morte, mais pas vivante pour autant ; j'ai ensuite pensé à simplement me jeter sous les rails d'un train, me laisser percuter, et en finir, là, simplement —, mais j'aurais fini à la une de quelque journal et c'est bien là ce que je voulais éviter — ; je me suis ensuite tournée vers les médicaments, mais la tentative était trop hasardeuse, trop incertaine, et si j'avais dû survivre, je n'aurais pas supporté de devoir affronter ton regard désemparé. J'ai donc levé les yeux au ciel, et la vision de ces larges poutres m'a soufflé la réponse qu'il me fallait.
Je sais que tu te demandes pourquoi. C'est tellement simple, et pourtant si difficile à expliquer, même par écrit, même en sachant que je n'aurai plus à affronter les regards de personne...
Il y a six mois de cela, j'étais encore en 3e et je devais aller avec mes copines visiter notre futur lycée — cette fameuse journée portes ouvertes. J'avais beau m'enthousiasmer par cette nouvelle étape de ma vie, j'étais attirée par autre chose : à vingt minutes de là, il y avait un centre d'accueil pour réfugiés. Tu sais que je me destinais à travailler dans le social. Eh bien je voulais me frotter à la réalité, voir leurs conditions de vie, voir ce que, plus tard, je pourrais leur apporter, constater leur misère. Alors j'ai abandonné mes amies à leur visite du lycée et je suis partie à pieds, seule, comme à l'aventure.
Face à la réalité, je fus bouleversée. Il y avait principalement des hommes — de jeunes hommes. Ils étaient sales, la mine triste, plongés dans le désœuvrement le plus total, attendant on ne sait quoi dans ce qui ressemblait à une prison sans barreaux. On leur refusait le droit de vivre. Oh ! bien sûr, ils étaient vivants, parqués dans ce bâtiment miteux, mais quelle vie ! Ils n'avaient pas ou peu de contact avec l'extérieur, pas d'intimité, pas même le droit de travailler pour pouvoir subvenir à leurs besoins — et bien sûr, ils n'avaient droit qu'au mépris de l'extérieur.
Tu me connais, maman, tu te doutes que je ne pouvais pas rester passive devant ce spectacle d'horreur. Alors je suis entrée, je me suis faufilée au nez et à la barbe de tous — un simple sourire et une démarche assurée peuvent ouvrir tant de portes — et j'ai commencé à parler à ces hommes écrasés de souffrance et de malheur. Certains étaient méfiants, d'autres refusaient tout contact ; il y en avait qui, par contre, étaient heureux de ma présence, très tactiles, comme en recherche de chaleur humaine. J'ai fini par en suivre quelques-uns à travers ce dédale de couloirs, et je me suis retrouvée dans une de leur chambre — oh ! maman, si tu voyais dans quoi ils vivaient. Et là, isolée avec ces quatre hommes, les choses ont mal tourné. Bien sûr, c'était en partie ma faute, j'aurais dû me douter que des hommes ainsi parqués ont des besoins à assouvir, mais je ne pensais pas qu'on pouvait faire preuve de tant de bestialité. Leurs gestes, qui au début n'étaient que chaleureux, devinrent insistants, déplacés même. Quand j'ai commencé à leur faire comprendre qu'ils allaient trop loin, la situation s'est envenimée. L'un deux m'a prise par le poignet pour m'attirer à lui, et comme je commençais à élever la voix, un deuxième est venu derrière moi et a posé sa large main noire sur ma bouche. Je te passerai les détails, tu n'as pas envie de les entendre, mais ces deux heures que j'ai passées dans cette chambre furent pires que ce que tu peux imaginer. Je suis sortie de là en boitant, mes vêtements déchirés et tachés de sang, mais personne ne sembla s'en soucier. De toute façon, je ne voulais pas d'aide, pas de pitié ou de sollicitude, je ne voulais que rentrer chez moi.
Heureusement, quand je suis arrivée, tu étais encore au travail. J'ai pu jeter mes habits, me laver, me soigner et reprendre ma vie comme si rien ne s'était passé. Pourtant, comme les jours et les semaines passaient, je n'arrivais pas à relever la tête et à avancer, ça me dévorait de l'intérieur et je n'avais personne vers qui me tourner. J'aurais voulu, ô j'aurais tant voulu t'en parler, mais tu n'aurais pu garder le secret, tu en aurais discuté avec papa, et je l'entends déjà vociférer ses propos racistes, ses menaces de mort et Dieu sait quelles autres réactions violentes encore. Il aurait retourné le pays entier pour me faire justice, il aurait jeté mon malheur à la face du monde — et ça, je ne pouvais le supporter. Et encore... peut-être qu'en fait si, j'aurais pu le supporter, j'aurais pu endurer les témoignages, le procès, j'aurais pu accepter de voir ces pauvres hommes condamnés pour soulager l'âme de papa. Mais imagine les titres des journaux : « Une jeune fille sauvagement violée par quatre immigrés clandestins ». Je devine déjà ces hyènes, ces vautours vomirent leur haine, justifier par cet événement isolé tous leurs idéaux de rejet et d'intolérance. C'est tout juste s'ils ne proposeraient pas de les euthanasier comme s'ils n'étaient que des chiens enragés.
Eh bien non ! jamais ! jamais je ne serai complice de ces élans de haine ! jamais je ne donnerai de grain à moudre à leur moulin ! Et si pour cela je dois garder le silence, je le garderai.
Pourtant, je ne peux plus vivre ainsi. Je me lève chaque matin avec une boule au ventre si lourde que c'en est presque un boulet d'esclave. Je ne trouve plus ni sommeil ni appétit, j'ai du mal à supporter la présence humaine — et pire que tout, je ne supporte plus la joie de vivre qui se dégage de mon entourage. Comment pourrais-je encore continuer à vivre dans ces conditions ? comment pourrais-je apporter plus tard mon aide à ces gens qui désormais me terrorisent ? Je rêvais de sauver le monde mais je ne peux même pas me sauver moi-même.
À enfermer ainsi ces hommes — ces êtres humains — comme des animaux, pouvait-on vraiment attendre d'eux une autre réaction ? Je suis victime de la cruauté humaine, mais cette cruauté, ce n'est pas celle des réfugiés, c'est la nôtre. Mais le monde n'est pas encore prêt à l'admettre, et moi je n'ai plus la force de garder le silence. Voilà pourquoi, maman, je t'inflige la vue de ta fille pendue au bout d'une corde. Encore une fois, pardonne-moi.

Ta fille qui t'aime, Anaïs.

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Le Six Millionième

Nouvelle humouristique traitant d'un sujet sur lequel il est interdit de plaisanter.

L'histoire que je m'apprête à vous narrer n'apparaît dans aucun livre d'histoire. À vrai dire, personne d'autre que moi n'est à ce jour en mesure de la raconter — et peu de monde a envie de l'entendre, ce me semble. Mais aujourd'hui, sur mon lit de mort, après avoir vécu plus que suffisamment, j'ai la sensation que je me dois de rendre justice à ce grand homme.
Je suis né en Bavière en 1872, d'une mère française et d'un père allemand, ce alors qu'une violente guerre venait de s'achever entre ces deux nations. Je n'ai jamais vraiment fait d'études, mais ai très vite intégré l'entreprise paternelle — qui s'était spécialisée dans l'exportation de produits manufacturés allemands à destination du Royaume-Uni. Je me souviens encore — j'étais alors adolescent — de cette année 1887, où ces cochons d'Anglais décidèrent d'apposer sur chacun de nos produits la marque made in Germany, incitant ainsi, plus d'un siècle avant le mot, à consommer local — même si local englobait en réalité tous les pays du Commonwealth.
Si la manœuvre avait, dans les premiers temps, marché, elle devint vite contre-productive : ces Anglais, pas fous, voyaient dans ce made in Germany un gage de qualité ; et même la survenue de la Première Guerre mondiale, posant l'Allemand comme ennemi numéro un, n'entacha pas cette réputation légitime.
À la mort de mon père, je pris la succession de l'entreprise, qui, aidée par le plan de redressement économique d'Hitler, fleurit comme jamais. Profitant des spoliations infligées aux juifs, je pus racheter de nombreuses entreprises, et pris dans le pays une importance considérable.
Je fus d'abord approché par Fritz Todt, à l'époque chef du Bureau central pour la technique, puis, comme je devenais un atout précieux pour le Reich, je finis par être introduit dans le cercle rapproché d'Adolf Hitler lui-même.
En tant que marchand, j'ai beaucoup bénéficié de ce synonyme de qualité qu'est le made in Germany, et, une fois pénétré derrière les rideaux du pouvoir, j'ai pu constater que cette réputation n'avait rien de volé. Tout était propre et les comptes tenus à la perfection. Je me souviens encore des notes d'Eichmann qui décomptaient les cadavres au juif près, et plus tard, des rapports des marches de la mort qui, là encore, étaient d'une précision incroyable.
Et bien sûr, je me souviens de ces deux journées du 29 et 30 avril 1945, de ce mariage de dernière minute avec la belle Eva Braun, comme si, sachant ses dernières heures venir, il voulait mettre sa vie en ordre. Je me souviens de la demande d'Helmuth Weidling de tenter une dernière percée contre les alliés, et du refus d'Hitler, très perturbé par une histoire de chiffres. L'Allemagne avait toujours fait preuve de rigueur, aimait les choses propres, carrées, et il avait beau vérifier les rapports, chaque fois il arrivait au même résultat : 5 999 999 juifs avaient été tués par les nazis. Alors que Berlin était encerclée de toutes parts, qu'il n'avait plus aucun moyen de gazer qui que ce soit, il dut se résigner : il n'y avait qu'un seul moyen d'arrondir ce chiffre et de pouvoir capituler l'esprit serein. Pour la première fois de sa vie, il assuma son quart de sang juif et se tira avec son Walther PPK 7,65 mm une balle dans la tête. Il était devenu le six millionième.

H.W. Paris, 1959.

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Une corde rouge

Une curieuse façon d'envisager l'idéal amoureux.

Je vais, en ce 25 mai 2016, passer ma dernière nuit en prison. Au matin, quand les dernières formalités auront été accomplies, pour la première fois depuis maintenant 17 ans, je serai libre, livré à moi-même. Alors que midi sonnera, je serai à table, dans un restaurant raffiné, à prendre un dernier repas. Ensuite, j'irai acheter une corde, et, profitant de ce début d'après-midi que j'imagine déjà radieux, j'irai me promener en forêt, loin de tout, jouissant du calme de la nature, marchant jusqu'à trouver un arbre suffisamment beau et robuste. Alors, je l'escaladerai, m'assiérai sur une de ses branches, y attacherai ma corde, passerai un nœud coulant autour de mon cou, et me laisserai glisser, priant pour qu'on ne me retrouve pas avant plusieurs jours, espérant même qu'un ours ou quelqu'autre bête sauvage en profite pour me dévorer.
Pourquoi me pendre ? vous demandez-vous peut-être. J'aurais pu suivre les traces de Dominique Venner, Henry de Montherlant ou même Romain Gary, et me tirer une balle dans la bouche ; j'aurais pu imiter Pierre Drieu la Rochelle ou Stéphane Zweig et prendre quelque médicament — ou même comme Socrate utiliser un poison ; j'aurais pu faire comme Yukio Mishima et son seppuku ; j'ai préféré marcher dans les pas de Gérard de Nerval et me pendre. Mais je vous entends répéter cette question : pourquoi me pendre ? pourquoi vouloir me tuer ?
Contrairement à beaucoup, je n'ai jamais couru après le bonheur. Alors certes, il me semblait inaccessible, à moi, l'insignifiant, le génie incompris, mais surtout, il ne m'intéressait pas. L'art, la littérature, ça oui, ça me parlait, mais le bonheur...
Alors j'ai végété ainsi, dans mon monde, durant un certain nombre d'années, jusqu'au jour où apparut une fille, car oui, dans toute histoire digne de ce nom, il y a une fille. Une jolie fille, évidemment, car qui s'intéresserait à l'histoire autrement ? Perdu dans mes idéaux d'esthétisme, je ne l'aurais probablement jamais remarquée si elle ne l'avait pas été. Elle était belle, avec de longs cheveux blonds, fine et fragile comme une céramique antique. Elle avait l'esprit curieux, affûté, une intelligence qui égalait la mienne — la dépassait même, sûrement, mais j'étais trop infatué pour l'admettre. Peut-être n'avait-elle pas les qualités humaines ou morales qu'un homme recherchait chez une femme, mais moi, les avais-je ? — et surtout, les recherchais-je ?
Pendant deux ans, nous avons partagé une heureuse misère. Nous aurions pu nous marier dès le premier mois, et le monde entier nous aurait probablement jeté au visage notre stupidité, mais nous étions hélas ! de cette génération trop individualiste et trop ancrée dans le rejet systématique de la tradition pour cela.
Était-ce ma simplicité de vie, mon manque d'ambition, qui nous a perdus ? ou plus simplement mon incapacité à la gérer ? Je ne saurais le dire. Elle était trop belle pour ne pas attirer les regards, et trop vaniteuse pour y être indifférente. Je me souviens encore de ce jour où elle est venue me trouver, presque anéantie. J'étais à la cuisine, en train de hacher des oignons, et elle était dos contre la porte d'entrée, belle comme jamais (j'avais eu à ce moment la sensation qu'elle saurait toujours rester belle pour moi), et s'est mise à me parler. Elle m'a confessé s'être, une fois, détournée de mon lit, et comme il lui était impossible de surmonter cette culpabilité, elle ne pouvait que s'en aller. J'aurais été prêt, moi, à lui pardonner, mais c'était elle-même qui ne pouvait se pardonner et qui ne voyait pas d'autre solution que de partir. Le couteau toujours en main, je me suis approché d'elle, je l'ai plaquée un peu plus fort contre cette porte, et de mon index, j'ai relevé son menton gracile — geste qui servait souvent de prélude à nos baisers. Et là, sur son cou nu et relevé, j'ai fait glisser le fil de la lame, puis, la serrant contre mon corps, je l'ai laissée se vider de son sang sur moi. Au bout d'un moment, j'ai fini par m'effondrer, sans pour autant la lâcher, et je suis resté ainsi, à genoux, la serrant toujours aussi fort, l'esprit vide. Le bon sens aurait voulu que je la suive, que je mêle mon sang au sien sur ce carrelage blanc, mais j'étais bien incapable de faire quoi que ce soit — y compris me planter un couteau dans la gorge.
Étrangement, je ne l'ai jamais vraiment pleurée. La prison m'a offert une sorte de sérénité. Quelque part, j'étais déjà mort, et si le bonheur et le confort ne m'intéressaient pas outre mesure avant cela, après sa mort, c'étaient des concepts qui m'étaient devenus totalement étrangers. L'esprit libéré, apaisé presque, je pus me mettre à écrire, et mon statut de prisonnier faisant pleurer les Madeleine, j'ai pu être publié, et rencontrer ce succès littéraire que mes lecteurs connaissent.
Ainsi, maintenant que mon œuvre est en quelque sorte achevée, je pourrai demain, dans cette forêt, isolé de tous, rejoindre celle que je ne peux dénommer autrement que par cette expression affadie : l'amour de ma vie.

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Le Viol d'Europe, roman

L'art et la douleur intimement mêlés,
Le terrorisme comme moyen d'expression ;
et pour lutter contre la solitude,
quelques vénus à séquestrer.

Présentation

Le Viol d'Europe est un roman d'environ 320 pages suivant l'évolution d'un jeune homme seul et révolté contre le monde actuel. Il ne supporte plus ce climat de terrorisme ambiant, cette soumission du peuple, cet islam radical rampant dans l'ombre — et surtout, il ne supporte plus la solitude qui l'habite.
Perdu au cœur des causses aveyronnais, dans la petite cité templière de La Couvertoirade, il est bien décidé à changer la face du monde — dans le sang s'il le faut.
Mais pour garder un certain équilibre mental, il aura besoin de compagnie féminine, qu'elles le veuillent ou non.

Le livre est en vente sur Amazon en format broché ainsi qu'au format Kindle.

Peintures

Le Viol d'Europe est un roman où apparaissent de nombreuses œuvres picturales. Le héros, artiste, se laisse inspirer, transcender même, par certains tableaux.
La couverture du livre est elle-même une toile d'artiste qui méritait d'apparaître au milieu de ces œuvres.

L'Orgueil des drapeaux et des flammes

L'Orgueil des drapeaux et des flammes, Iris Chrysopteros.

Toulouse, collection particulière

Antäus

Antäus, Anselm Kiefer

Collection particulière

L'Ange déchu

L'Ange déchu, Alexandre Cabanel

Montpellier, musée Fabre

La Pentecôte

La Pentecôte, Jean Restout

Paris, musée du Louvre

La Flagellation de Notre Seigneur Jésus-Christ

La Flagellation de Notre Seigneur Jésus-Christ, William-Adolphe Bouguereau

La Rochelle, Cathédrale Saint-Louis, en dépôt du musée des beaux-arts de La Rochelle

Le Château des Pyrénées

Le Château des Pyrénées, René Magritte

Jérusalem, Israël Museum

Course de chevaux libres à Rome

Course de chevaux libres à Rome, Théodore Géricault

Lille, Palais des beaux-arts

Résumé

Le monde est en guerre. Les Parisiens tombent sous les bombes ou sous les balles de fusils d'assaut. Les journalistes sont menacés ou même assassinés. Madrid, Londres, Bruxelles n'ont pas été épargnées non plus. Nul futur obscur, nous sommes en 2015.
Au Moyen-Orient, la charia s'impose. Les chrétiens sont égorgés, leurs églises dynamitées, les femmes ou réduites en esclavage ou voilées.
Perdu au milieu des causses aveyronnais, un loup solitaire rêve de grandeur. Lui aussi voudrait en être, de cette guerre — lui aussi veut avoir du sang sur les mains.
Le Viol d'Europe est un roman de 320 pages suivant les pas de Raphaël Varsi, terroriste qui, pour garder une certaine forme de sanité mentale, séquestrait dans sa demeure de jeunes femmes. Le style est élégant, la violence — tant physique et psychologique que politique — est omniprésente, et nulle censure ne vient entacher les scènes de sexe, de viol ou de tuerie, ni amoindrir la réflexion politique du livre.

Extraits

1er extrait : le Japon

Le Viol d'Europe, roman

Serf, ce peuple bâtissait des cathédrales; émancipé, il ne construit que des horreurs.

Emil Cioran – Écartèlement

Le Projet, au vu de son ampleur, était difficile à porter seul; et même l'être humain le plus solitaire du monde fonctionnait ainsi: il avait besoin de partager, d'exposer, de débattre même — tout simplement, de parler. Et comme son unique interlocuteur était la jeune Souad, Raphaël finit par aborder le sujet avec elle. Avait-il trop d'estime pour lui-même ? trop de mépris pour elle (ou pour le sexe féminin de manière générale) ? était-il trop déphasé par rapport au reste du peuple ? son esprit était-il trop grand pour s'adapter à ce monde sans relief ? Toujours est-il que ce qu'il avait envisagé comme un dialogue avait pris des allures de monologue — elle le regardait, assise à table, silencieuse, en face d'un verre vide qui occupait ses mains, tandis qu'il lui exposait sa vision du monde, du futur, de l'art, de l'architecture, et elle n'avait d'autre choix que de l'écouter, gardant l'air intéressé, de peur de subir ses humeurs si elle ne semblait pas assez attentive.
« Tu sais que durant mes années aux Beaux-Arts, j'ai étudié, en cours, l'architecture. Ce n'était pas forcément la matière qui m'attirait le plus, loin de là. Les seules choses qui m'intéressaient, à l'époque, étaient la peinture et la littérature. Alors, d'un certain côté, je pourrais remercier ce système qui te force à étudier un sujet dans son ensemble, sans te demander ton avis, parce qu'en fin de compte, j'ai beaucoup aimé les cours sur l'architecture. L'architecture est assez représentative de l'art de manière générale, beaucoup plus parlante, beaucoup plus intelligible pour le commun des mortels. Quand on regarde une peinture, si l'on n’a pas l'œil exercé, il est scabreux de vraiment en goûter sa valeur. On peut constater qu'elle est jolie, certes, on peut en apprécier ses qualités techniques... et encore... Mais si on est novice, il est difficile de voir si une peinture dégage une réelle puissance. Quelle différence y a-t-il entre une illustration publicitaire bien faite et une toile avec une âme, une profondeur ?
« L’architecture, elle, est plus lisible. Même le dernier des profanes tombe en émoi devant la cathédrale de Chartres ou la basilique d'Albi. Et tout le monde est sensible à la laideur de ces grands bâtiments, ces clapiers à lapins qu'on appelle des immeubles.
« Bien sûr, l'architecture est particulièrement dépendante de cette contingence qu'est l'argent. Pas de budget, pas d'ornementation. Pourtant, l'argent ne fait pas tout. Au cœur de chaque village de France trône une église — église toujours élégante. Parfois très sobre, parfois sans, hélas ! assez de moyens pour lui donner une réelle splendeur, mais suffisamment vivante, suffisamment authentique, pour réussir à émouvoir. Même dans leur simplicité la plus stricte, elles savent rester belles, tout simplement belles. Cela n'a peut-être pas grand-chose à voir, mais ça me rappelle cette citation de Pierre Drieu la Rochelle: « Les Français avaient fait des églises, et ils ne pouvaient plus les refaire, ni rien de semblable. Toute la réalité de la vie était dans ce fait: la terrible nécessité de la mort. » Quelle violence nihiliste dans cette phrase ! Pourquoi se battre ? Tu sais, j'ai toujours été un grand admirateur de la culture japonaise. Cet esthétisme, ce renfermement sur soi, pour polir, pour tailler, pour émonder, châtrer presque, cette culture japonaise, pour n'en garder que son noyau le plus pur, en faire un joyau. Quand, en 1878, les Américains sont arrivés, et que le commandeur Perry, avec ses lourds cuirassés, a forcé ce blocus de 300 ans qu'imposait le Japon, ils ont quelque part violé son âme. Le meilleur des scénarios aurait peut-être été qu'ils ravageassent le pays, qu'ils le réduisissent en cendres, chaque Japonais se battant jusqu'à la mort, retrouvant là l'idéal de sa nation. Mais les Japonais ont su étonnamment s'adapter — comme aucun autre pays au monde, je pense. En 1878, ils en étaient encore au Moyen Âge. En 1905 déjà, ils infligeaient une cuisante défaite navale à la Russie. Il y a eu, jusqu'en 1940 à peu près, certaines splendeurs du Japon prêt à adopter les règles occidentales, se les approprier, et dépasser le reste du monde avec. Un si petit pays qui a su, après la guerre, faire partie des maîtres des technologies de pointe. Pourtant, le Japon a commencé à perdre son âme. Et s'il y a une certaine beauté dans cette alchimie entre modernité poussée à son paroxysme, et un certain traditionalisme culturel et religieux, pour moi, le Japon est mort. Déjà en 1960, avant que toute cette vague de japoniaiseries n'apparaisse, l'écrivain Yukio Mishima s'était insurgé contre ce fait, et avait choisi la seule solution viable à ses yeux: le suicide. Il s'est planté un sabre dans le ventre, tout comme ses ancêtres l'avaient fait des générations durant avant lui. La beauté de son geste a d'ailleurs beaucoup marqué les esprits, mais c'était déjà trop tard: il n'y avait plus rien à faire, plus rien à sauver. La seule échappée qu'aurait pu trouver ce pays à l'atrocité de la modernité aurait été la bombe nucléaire: si les Américains avaient eu des bombes plus puissantes que celles qu'ils avaient utilisées, et surtout, beaucoup plus nombreuses, ils auraient pu atomiser le Japon, le vitrifier, le rendant en quelque sorte à la nature, comme la région de Tchernobyl avait été rendue à la nature (Souad lui lança un regard interrogateur).
« Je ne sais pas si tu as vu à quoi ressemblent maintenant les alentours de Tchernobyl. Bien loin d'y voir des animaux mutants ou des plantes carnivores géantes, la nature y a repris ses droits, y interdisant l'accès à toute humanité — cette fragile humanité... mais je m'égare.
« Ce Japon, vitrifié, n'aurait laissé dans nos esprits que la splendeur de sa beauté médiévale, avec pour dernière fulgurance ce demi-siècle où il quitta le Moyen Âge pour briller sur cette côte pacifique, nous épargnant toutes ces absurdités actuelles qu'il offre à un public complaisant. C'est là, je crois, la terrible nécessité de la mort qu'évoquait Drieu la Rochelle — lui-même, ne s'est vu d'autre destinée que le suicide.
« Mais comment ai-je pu en arriver jusque là en parlant d'architecture ? Ah oui, les églises...
« Je ne sais pas si tu as eu l'occasion de voir la chapelle Notre-Dame-du-Haut, dessinée par cet architecte éminemment respecté qu'est Le Corbusier; ou, peut-être pire encore, as-tu déjà vu le couvent Sainte-Marie de la Tourette, à Éveux ? Dans cette volonté qu'il poursuivait d'aller au-delà du beau et du laid, il n'en est resté que le laid. As-tu déjà marché dans le Paris historique, traversant le pont Alexandre III, puis le jardin des Tuileries, passant sous l'arc de triomphe du Carrousel, et te retrouvant face à la majesté du Louvre ? Aujourd'hui, sur cette place du Louvre, trône une pyramide de verre qui, elle aussi, va au-delà du beau et du laid — et, plus symptomatique encore de notre époque, à droite de cette pyramide, est posé, là, comme ça, sans raffinement, sans le moindre ornement, un gros préfabriqué rouge abritant la boutique du Louvre...
« Désespérée par ce spectacle, tu veux te diriger vers l'Opéra ou l'église de la Madeleine, et au milieu de ce Paris subtil, ce Paris des hôtels de luxe, où tout n'est qu'élégance, tu débouches sur la place Vendôme; mais, le regard attiré par la Comédie-Française, tu te détournes de ton chemin, et tu arrives face au Palais-Royal. Et pénétrant dans la cour d'honneur de ce Palais-Royal, tu découvres — comble de l'horreur — les tristes colonnes de Buren... Même le plus avant-gardiste, le plus irrévérencieux des artistes, aurait du mal à voir un quelconque intérêt à ces colonnes rayées alignées sur la place. J'ai un temps songé, dans le cadre de mon Projet, à disposer sur ces colonnes qui, repeintes, auraient pu faire des acrotères élégants, des statues — de belles statues, à l'esthétique grecque ou romaine. Bien sûr, l'arrangement fade de ces colonnes était tel que le rendu n'aurait pas été satisfaisant. Et puis, surtout, moi, seul au milieu de cette campagne, je n'avais pas la logistique nécessaire pour commettre cet acte d'insoumission — sans compter que, bien sûr, sous prétexte de protection du patrimoine, mes sculptures auraient été bien vite évacuées. Pourtant, l'idée n'était pas mauvaise. Déjà à la Renaissance, ils avaient compris que tous les principes fondamentaux — enfin tous, peut-être pas, mais tu m'as compris — que tous les principes fondamentaux de la beauté artistique avaient été posés par les Grecs. À ce titre, d'ailleurs, l'architecture de la Renaissance — surtout italienne — était d'une grande beauté. Ils avaient su ne pas rester enfermés dans l'esthétique gréco-romaine. Ils avaient su créer, faire évoluer leur art, sans pour autant n'en jamais rejeter les fondements. J'ai beau ne pas me sentir proche du tout de ce que l'on appelle l'humanisme, la démarche artistique de ces architectes de la Renaissance était parfaitement en phase avec ma propre vision de l'art
« Et tu me regardes, avec tes grands yeux vides comme le Sahara, hochant la tête pour ne pas me contrarier, ne comprenant pas la moitié de ce que je te raconte, car dans notre monde utilitariste, pourquoi accorder une importance à la beauté ? à moins que, bien sûr, elle ne fasse vendre. »

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2e extrait : jeu de cordes

Le Viol d'Europe, roman

Là-haut, il déverrouilla la première porte sur sa droite et la tint à Latifa pour la faire entrer. Il ouvrit les volets et la lumière du soleil révéla la pièce dans son ensemble. La jeune fille ne savait qu'en penser. C'était un mélange de salle de torture, d'atelier de peinture et de studio de photographie. La première chose qui la frappa fut les divers instruments — dont l'utilisation de certains lui semblait parfaitement obscure — accrochés au mur: des cravaches, des martinets, un fouet, des menottes, des chaînes, des cordes, des entraves ainsi que divers godemichets rangés sur une étagère. Son regard se posa ensuite sur le banc de cuir capitonné et équipé de mousquetons dont elle avait du mal à comprendre l'utilité, avant de finalement se laisser hypnotiser par les dessins sous verre qui étaient accrochés aux murs. C'étaient principalement des esquisses au fusain mettant en scène de jeunes femmes dans des rôles d'esclaves sexuelles — ou pire encore. Un tableau en particulier retînt son regard: on y voyait une fille pas même pubère, à quatre pattes, montée par un énorme chien à trois têtes dont les mâchoires écumaient de bave. Le sexe gigantesque de l'animal avait transpercé le ventre de la nymphette et ressortait au niveau de son nombril, dégoulinant de liquides que le fusain ne permettait pas d'identifier. Au second plan, on voyait ce qui semblait être un autoportrait de son geôlier, en train de tenir en laisse la jeune fille. Il avait de grandes bottes qui montaient jusqu'aux genoux et qui baignaient dans un amas de viscères au milieu desquels des rats festoyaient.
Cherchant à fuir cette vision d'horreur, son regard se tourna vers un coin de la pièce qui contrastait beaucoup avec le rangement et la propreté clinique de la partie réservée aux instruments de torture. On y voyait deux chevalets de peinture, avec contre le mur quelques toiles inachevées dont les sujets étaient tout aussi horrifiques que les esquisses des murs. Il y avait également des carnets de croquis qui jonchaient le sol, avec, sur certains, des traces de chaussure. Des pinceaux étaient posés çà et là, et par terre, statuaient des bouteilles de produit que Latifa n'arrivait pas à identifier. À côté de ce désordre, était soigneusement rangé du matériel photographique: projecteurs, parapluies, réflecteurs, trépieds, etc.
Raphaël, amusé du regard perplexe de la jeune fille, la laissa découvrir les lieux; puis, après un petit moment, il la fit s'asseoir sur une chaise en bois, le dossier entre ses jambes, et décrocha du mur un jeu de cordes. Il commença par lui lier les chevilles aux pieds arrière de la chaise avec un savoir-faire qui impressionna Latifa, puis il attacha ses poignets à travers les barreaux du dossier; enfin, il sortit de sa poche un couteau, tourna un peu autour de sa victime qui se mit à frissonner de peur sur sa chaise, puis il posa la lame délicatement contre la peau de son dos, et, sans la blesser, coupa les bretelles de son soutien-gorge, puis le dégrafa et le jeta dans un coin de la pièce. Il entailla ensuite chaque côté de sa culotte, souleva légèrement Latifa d'une main, tira ladite culotte et la jeta également au loin. La pauvre fille était ainsi nue, entravée sur sa chaise, morte de peur, cherchant des yeux où l'effrayante lame allait se poser ensuite, mais Raphaël rangea son couteau dans sa poche et alla chercher dans un coffre jouxtant le mur un bâillon-boule. Il inséra la grosse boule de plastique dans la bouche de sa victime, souleva ses cheveux, fit passer la lanière sur sa nuque et boucla le bâillon.
Avec ses doigts, il lissa cette longue chevelure, plongea même son visage dedans — mais sembla déçu de la sensation —, puis il les amena tous sur l'épaule gauche de la jeune fille pour qu'ils retombent devant elle, ce afin de dégager au maximum son dos nu. Ensuite, il prit au mur une badine qu'il avait taillée lui-même dans une branche de noisetier et se mit à tourner lentement autour d'elle, s'amusant de la voir le suivre du regard, terrorisée, alors qu'il faisait doucement claquer l'instrument de torture contre sa main vide. Parfois, il s'arrêtait derrière elle et lui caressait délicatement le dos du bout de l'objet, et déjà, il pouvait entendre ses premiers gémissements à travers le bâillon.
Après quelques petites minutes de ce manège, il finit par se placer sur sa gauche, suffisamment en arrière pour rester hors de son champ de vision, et prit la parole:
« Laisse-moi te parler brièvement de moi: au collège, il y avait une élève qui s'appelait Souad — je serais bien incapable de te donner son nom de famille. Cette fille était, pour une Arabe, vraiment jolie. Un peu bête, de sales manières et un accent tout aussi détestable, mais elle avait malgré tout un charme certain auquel sa chevelure sauvage n'était pas étrangère. Comme toi-même tu es plutôt jolie, nous t'appellerons Souad également. Je ne veux entendre aucun autre nom venant de ta bouche, ce prénom-là est désormais le seul et unique existant et ayant pu exister (il appuya particulièrement cette phrase-ci, voulant s'assurer qu'elle pénètre bien son esprit). Comme tu peux l'imaginer, tu ne t'es pas retrouvée ici par hasard, cela fait longtemps que je te suis, et je sais beaucoup de choses sur toi (et pour accompagner son mensonge, il lui caressa délicatement le dos du bout de sa badine et prit plaisir à la voir frétiller). Pourtant, je vais te poser quelques questions, par acquit de conscience, et chaque fois que tu tenteras de me mentir, je ferai usage de cette badine sur toi. Bien sûr, tu pourrais croire que je plaisante, ou que si tu as le regard suffisamment implorant, je pourrais prendre pitié de toi; alors pour que les choses soient bien claires, je vais te montrer que je n'aurai aucune pitié si tu te risques au moindre mensonge ».
Et du revers de sa main il caressa le dos de la jeune fille, l'effleurant juste assez pour la faire frissonner, puis il posa ses mains sur les hanches nues de sa victime et plongea son visage contre son cou pour sentir sa peau fraîchement lavée. Il en profita pour laisser remonter les mains jusqu'à la poitrine discrète de Souad, et une fois qu'il eut suffisamment goûté cette terreur qui émanait d'elle, il se recula de trois pas, affermit sa prise sur sa badine et lui en asséna un coup franc sur le dos. La réponse fut immédiate: elle laissa sourdre un cri étouffé à travers le bâillon-boule, et se laissa gagner de sanglots, ce qui encouragea Raphaël à réitérer son geste, avec tout autant de conviction — et ce à plusieurs reprises. Et comme les coups pleuvaient, de gauche comme de droite, comme les hurlements voilés s'intensifiaient, il prenait bien garde de ne ni heurter la colonne vertébrale, ni meurtrir les chairs: il aurait été stupide de se donner tant de mal à trouver une si jolie fille pour l'abîmer par manque de retenue. Il s'appliqua donc à rougir de son bâton le corps de Souad; d'abord le dos et le haut des fesses, qu'il nourrit généreusement de cingles, puis les côtés et le dessus des cuisses — et même quelques coups aux mollets pour faire bonne mesure. Il lui épargna évidemment le visage qu'il ne voulait risquer d'abîmer et dut faire l'impasse sur le ventre ainsi que les autres parties dont l'accès était obstrué par la chaise. Quand il vit Souad commencer à s'étouffer dans ses sanglots, peinant à prendre sa respiration, il posa son instrument de torture et lui ôta le bâillon-boule; puis il se mit en devoir de lui masser chaque partie du corps rougie pour soulager un peu la douleur et faire retomber la tension. La pauvre fille ne pouvait faire cesser ses pleurs, des spasmes agitaient son corps et sa respiration restait suffocante.
Raphaël partit alors chercher un verre d'eau accompagné d'une paille puis, revenu, mit son index sous le menton de sa victime et lui fit boire quelques petites gorgées qu'elle déglutit difficilement. Il lui donna alors quelques caresses sur la tête pour la féliciter et la rassurer.

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3e extrait : l'horreur du féminisme

Le Viol d'Europe, roman

C’est une science que l’on ne regarde pas avec tout le respect qu’on lui doit que celle de s’arrêter à temps.

Théophile Gautier – Mademoiselle de Maupin

Ce matin-là, en ouvrant les volets, Raphaël vit s'offrir à lui un paysage hiémal, recouvert d'un uniforme manteau blanc. Sans même prendre le temps de vraiment s'habiller, il accourut jusque-là porte d'entrée et sortit dehors pour toucher la neige de ses doigts. Il se comportait comme un enfant, marchant pieds nus dans le froid, plongeant ses mains dans le manteau poudreux, se retenant tout juste de se rouler dedans. Il aurait aimé pouvoir mettre ses vêtements d'hiver, un bonnet, une paire de gants, et emmener Estelle avec lui trouver un endroit où faire de la luge, dresser un bonhomme de neige, et Dieu sait quoi encore. Mais elle n'aurait probablement pas été réceptive du tout à ce genre de loisirs — pas en sa compagnie en tout cas.
Voulant tout de même profiter de l'heureux événement, il rentra, prit une longue douche brûlante, s'habilla chaudement, réunit l'équipement nécessaire à l'idée qui avait germé dans sa tête, et alla chercher Estelle. Sans même lui laisser le temps de se réveiller, il la déshabilla, la giflant quand elle opposait trop de résistance, lui attacha les chevilles avec une corde et fit de nombreux enchevêtrements de nœuds. Il attacha ensuite ses poignets avec des bracelets de cuir, puis il cadenassa ces bracelets à une longue chaîne en acier. Une fois ficelée, il chargea la jeune fille sur son épaule, et la traîna nue dehors. Celle-ci hurlait sur son perchoir, martelait son dos de coups de poing de fille et battait des jambes dans le vide, mais cela ne semblait pas troubler son tortionnaire.
Une fois dehors, il avança d'une dizaine de mètres, jeta la jeune fille nue sur ce sol nivéal, et cadenassa la longue chaîne à un tronc d'arbre. Il s'assura qu'Estelle vit bien ce qu'il faisait, et il lâcha la clef dans la neige. Comme elle essayait de se relever, il la poussa pour qu'elle tombe, et il rentra à l'intérieur de la maison, laissant la pauvre à son sort.
Estelle n'était dehors que depuis à peine une minute ou deux, mais déjà, elle était frigorifiée. Elle resta quelques instants accroupie dans la neige, hurlant comme un loup à la lune.
Enfin, elle décida de se ressaisir, et se mit à chercher la clef, mais ses doigts étaient engourdis, et elle avait beau fouiller, elle ne faisait que remuer un mélange de terre humide. Et comme elle élargissait son champ de recherche, elle finit par complètement perdre trace de l'emplacement de la clef, et, abandonnant, elle se recroquevilla dans la neige, les bras serrés contre elle.
Pendant ce temps, Raphaël s'était déshabillé. Il avait encore le corps brûlant de sa douche chaude, et il avait prévu qu'Estelle se délivre rapidement de ses liens, accoure vers la porte et trouve dans ses bras du réconfort. Elle se serait blottie contre lui pour se réchauffer, et il aurait déposé des baisers sur sa peau froide, caressée ses belles fesses gelées, et aurait fini par la violer, sur le carrelage du hall d'entrée, la pauvre fille préférant se laisser faire que de retourner dans le froid.
Mais rien ne se passait comme il l'avait prévu. Estelle ne retrouvait pas la clef et restait prostrée, attendant que l'hypothermie vienne la cueillir. Et lui, il était nu, regardant le spectacle par la fenêtre, attendant bêtement une fille qui ne viendrait pas. Il fouilla ses habits à la recherche de la clef du cadenas reliant les bracelets à la chaîne, et, sans se soucier du froid, il sortit, nu lui aussi, pour détacher la malheureuse. Une fois délivrée, il la prit dans ses bras et l'amena à l'intérieur, ferma la porte d'un coup de pied et la monta jusque dans sa chambre, où il l'enveloppa dans des couvertures. Il aurait pu la laisser comme ça, et veiller sur elle, pour s'assurer que tout allait bien, mais, en la voyant ainsi, vulnérable, il décida de se glisser avec elle sous les couvertures, et commença à caresser son corps pour la réchauffer. Ses mains descendirent jusque l'entrejambe de la jeune fille, qui poussa quelques gémissements ; puis, il fit pénétrer ses doigts, la plaqua contre le matelas, et ses doigts laissèrent place à un solide vit déjà en érection.
Estelle n'avait même pas la force de se débattre, elle ne pouvait que geindre et pleurer, supplier — rien ne pouvait arrêter le bulldozer qui ravageait son corps. Le froid l'avait refermée de toutes parts, et elle avait l'impression qu'on était en train de la déchirer, tant la douleur était grande. Les va-et-vient semblaient ne jamais prendre fin, et les baisers venant se déposer sur son corps, les mains empoignant ses cuisses où ses seins, la langue qui venait parfois lécher ses larmes, tout cela lui fit perdre conscience d'elle-même. Elle se sentait comme une marionnette qu'on éventrait, et quand les secousses prirent fin, elle sentit alors une nouvelle chaleur ruisseler sur son visage, mais elle refusa d'ouvrir les yeux, ne voulant admettre ce qui souillait son front et ses joues.

Pour le primitif un objet c'est la nourriture qu'il va manger, et qui lui fait saliver la bouche; pour le décadent, c'est un excrément auquel il voue un culte coprophagique.

Pierre Drieu la Rochelle – Le Feu follet

Comme le dressage d'Estelle commençait à fonctionner, Raphaël s'était offert le luxe de la garder près de lui, dans le salon. Sa confiance restant limitée, il l'avait tout de même attachée. Il avait pris une corde et noué un harnais autour de son buste ; ensuite, avec un second lien, il avait tiré ses coudes au-dessus de sa tête, attaché ses mains derrière sa nuque, contraint ses bras avec trois tours de corde doublée, et avait lié le tout au harnais. Il avait pris garde de ne pas trop serrer les liens afin de ne pas couper la circulation sanguine de la jeune fille. Le but n'était pas de l'immobiliser, simplement l'empêcher de lui écraser une autre carafe d'eau ou un vase sur le crâne pendant qu'il profitait d'un moment de détente. Pour parfaire sa situation de petite chienne obéissante, il lui avait, la veille, acheté un beau collier de cuir et une laisse. Quand il voudrait un peu de calme, il l'attacherait simplement au pied d'un meuble, et elle attendrait sagement, assise par terre. Mais ce matin-là, Raphaël n'était pas d'humeur à garder un oeil sur elle, il voulait profiter pleinement de la musique qu'il écoutait, et il ne voulait pas qu'elle ôte son collier ; il avait donc dû se rabattre sur cet enchevêtrement de cordages.
Il avait mis, sur la platine vinyle, son disque de Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel, sous la direction de Charles Dutoit. En musique, contrairement à la littérature, il ne raffolait pas trop de cette fin de XIXe siècle, il préférait le baroque, et dans une certaine mesure le classique ; mais il devait bien admettre que cette pièce de Ravel faisait partie des exceptions. Il appréciait le côté imprévisible de l'œuvre: les regains de vie là où l'on attendait une chute, certaines audaces harmoniques ; mais surtout, il appréciait la quasi-absence de chant — s'il vénérait la musique dite classique, la clabauderie des opéras lui portait généralement très vite sur les nerfs.
Il s'était assis sur le canapé du salon, les pieds posés sur la table basse, comme un malpropre, avec à côté de lui la jeune Estelle qui, engoncée dans ses cordages, n'osait guère bouger. Il avait mis le son trop fort pour être en mesure d'avoir une éventuelle discussion et cela lui allait parfaitement. Il avait l'impression de toucher à une certaine forme d'absolu de la relation conjugale: un moment à deux, assis au calme, avec pour seul bruit les archets frottant les cordes et le souffle des musiciens traversant les bois ; même les percussions avaient l'élégance de se faire discrètes.
Raphaël avait la tête jetée en arrière, les yeux fermés et les bras étendus le long du dossier du canapé. Il se demanda s'il n'aurait pas souhaité qu'Estelle vienne poser ses lèvres autour de son sexe, mais il avait le sentiment qu'elle aurait encore fait des difficultés, et il ne voulait pas briser ce moment.

Une fois le ballet achevé, Raphaël traîna Estelle à l'étage: elle était déjà attachée, il aurait été dommage de gâcher cela.
Il la fit s'asseoir sur une chaise, le dossier entre les jambes, resserra un peu ses liens et, pour ajouter un peu de tension, il noua une corde à l'enchevêtrement, et la fit passer dans la poulie au plafond, la tendit bien et la fixa au mur. La jeune fille restait relativement docile, elle avait compris que si elle se débattait trop, elle était immédiatement calmée d'un coup de poing dans l'estomac — cible certes un peu cruelle, mais qui avait le mérite de ne pas abîmer la captive.
« Alors, le ballet t'a plu ? » lui demanda-t-il. La pauvre fille lui lança un regard interrogateur, alors il se sentit obligé de préciser:
« Je veux dire, la musique qu'on vient d'écouter, tu l'as appréciée ?
— Je sais ce qu'est un ballet, merci. Mais d'une, je n'écoute pas spécialement ce genre de musique, et de deux, les bras attachés derrière la tête, je ne vois pas comment je pourrais l'apprécier.
— Je vois que mademoiselle a besoin de son confort pour apprécier la musique.
— J'ai surtout besoin de ne pas être séquestrée ni torturée pour pouvoir apprécier, ne serait-ce qu'un peu, mon environnement.
— Ah ! si les choses étaient aussi simples, ce serait bien, n'est-ce pas ? » La jeune fille ne lui répondit pas.
Après un instant de silence, il prit une nouvelle corde, et lia le buste à la chaise afin que son ventre soit collé contre, accompagné par de petits jappements de panique de la pauvre malheureuse qui s'effrayait de la suite des événements. Il fit ensuite sortir sa poitrine de son décolleté et l'appliqua de telle manière qu'elle reposât sur le dessus du dossier. Avec une nouvelle corde, il solidifia cette position, et se recula de quelques pas pour admirer le résultat, ignorant la voix de la jeune fille qui lui demandait ce qu'encore, il allait lui faire.

En voyant ces deux grosses mamelles, devant lui, en exposition sur le dossier de cette chaise, il n'avait qu'une envie, c'était de les assommer de coups, avec sa badine. Il imaginait bien cette première frappe, sèche et violente, qui viendrait s'écraser sur les seins, qui, rebondissant, iraient se heurter sur le dossier. Puis il en donnerait une deuxième, puis une troisième, encore plus forte, celle-là. Et quand les cris d'Estelle commenceraient à un peu trop fatiguer ses oreilles, il la giflerait, une fois, deux fois, trois fois aussi, afin que les sanglots remplacent les cris. Puis il recommencerait, rougirait cette généreuse poitrine, laisserait sur la peau de longues stries écarlates. Parfois, pour les apaiser, il les caresserait, déposerait même quelques petits baisers dessus. Il en profiterait peut-être pour sucer leurs pointes, puis, il reprendrait sa tâche, assommant, martelant, coup après coup, jusqu'à ce que la petite Estelle perde connaissance sous la douleur ; et là, il était persuadé qu'il se sentirait satisfait.
Hélas ! ce n'était pas le programme du jour. Il se contenta donc, avec sa badine, de caresser ces deux gros seins avec délicatesse, lui expliquant que, désormais, son nom serait celui de la jeune bergère amante de Daphnis: Chloé. Il aurait bien voulu justifier son choix, lui expliquer que son ancien prénom, Estelle, était déplaisant, mais c'était faux, il était tout à fait charmant. Il voulait simplement lui nier le droit de conserver son identité — et donc sa personnalité.
La question du prénom réglée, il lui posa un certain nombre de questions: d'où elle venait, ce qu'elle faisait, ses ambitions, ses attentes. N'était-il pas gentleman ? Il essayait tout simplement de mieux la connaître.
Il avait espéré qu'elle résiste, qu'elle refuse de répondre à certaines questions, qu'elle cherche à mentir, à dissimuler ; mais non, elle était fière de sa vie, fière d'elle, fière de ses valeurs.
Elle travaillait dans un grand cabinet d'expertise comptable. Elle avait pour ambition de monter en grade — quelle autre ambition professionnelle que celle-là pouvait-on avoir ? Elle était fière d'incarner l'idéal de la jeune femme indépendante du XXIe siècle. Cela ne l'empêchait pas, pourtant, d'avoir pour projet d'épouser son nègre de compagnie ; et bien sûr, plus tard, quand elle aurait profité de la vie, de se faire engrosser par lui (et Raphaël avait souri en l'entendant parler de son défunt compagnon comme s'il était toujours en vie, mais n'avait pas relevé).
Avant cela, elle avait d'autres envies, d'autres projets. Professionnellement déjà: elle ne pouvait se permettre de perdre quelques mois, passés à la maison, à élever son propre enfant — sa carrière risquerait de lui glisser entre les doigts. Elle voulait aussi profiter de la vie: faire des voyages, s'amuser, et donc, effectivement, profiter, détruisant chaque vendredi et samedi soir ses neurones à coups de verres d'alcool, dans des bars ou des boîtes de nuit, puis engloutir ses journées dans sa boîte de comptabilité (pouvait-on appeler cela sa boîte de jour ?) dans l'espoir de gagner un peu d'importance aux yeux de ses collègues ; car qui d'autre que ses collègues cela intéressait-il qu'elle monte en grade ?
Ah ! les joies de l'ambition ! Quelque part, il pouvait la comprendre. Lui-même s'imaginait difficilement autrement que comme le plus grand artiste de France — et donc du monde — ; ou alors le sauveur de la nation. Il avait dû faire une croix sur cette première ambition, et s'il réussissait à atteindre la seconde, il y avait de grandes chances que jamais il ne soit perçu comme tel.
Elle rêvait aussi de voyages, cette fille qui, de la France, ne connaissait rien d'autre que la Côte d'Azur. Elle voulait découvrir le Maroc ou la Thaïlande, et probablement n'importe quel autre pays sous-développé. Elle aurait été bien incapable de placer le Jura sur une carte, ou le mont Ventoux. Et que dire du mont Mézenc, ou du massif du Pilat ? Elle ne connaissait rien à son pays, rien à sa région, c'est à peine si elle connaissait les musées de sa ville. Pourtant, elle était prête à laisser faisander son corps, laisser son utérus se flétrir, pour pouvoir voyager. C'était là la grande victoire du féminisme: pouvoir attendre d'avoir passé ses 30 ans avant de se faire engrosser — et cela, peu importait si des injections d'hormones étaient nécessaires pour y parvenir.
Certes, il comprenait. Il était vrai qu'avoir un enfant était une contrainte — ou tout du moins, une contingence à prendre en compte — ; mais était-ce vraiment plus important de monter en grade ? de privilégier sa carrière ? d'additionner des chiffres toute la journée dans l'espoir que son salaire augmente un peu ? qu'on lui offre la tant attendue promotion ? Tout cela était-il plus important que son projet de famille ? que fonder son propre foyer ? qu'avoir ses propres enfants ?
Raphaël, lui, avait fait un choix différent, il avait choisi la mort comme horizon. Mais quelque part, son choix n'était-il pas pire que celui de l'ambition ? Il le trouva, en tout cas, bien moins vain. La mort n'est jamais vaine.

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