Stellarvore

Black metal

Comme il est très difficile de devenir un saint [...] il reste à devenir un satanique. L'un des deux extrêmes.

Joris-Karl Huysmans – Là-bas

Stellarvore, le dévoreur d'étoiles.

Ce dévoreur qu'est le néant, à l'engeance si puissante qu'il en avale même les astres.
Ces astres ? Les traits de génie que nous souffle parfois Dieu et que seuls les génies savent transformer en œuvres d'art. Stellarvore, le néant annihilateur du génie créatif, ce néant qui effraie tout artiste, ce néant qui fait taire jusqu'au souffle divin.

Présentation



Genèse & évolution

SMF de Lancelot (chant, batterie), accompagné de SchlangeKaiser (guitare) et Siracide de Salò (basse) fonde en 2015 Stellarvore, groupe de black metal français.

Convaincu que l’on pouvait faire de la musique de qualité sans tomber dans les clichés, SMF de Lancelot composa un album tout en s'attelant aux paroles, parfois en prose, souvent en vers, mais toujours dans un souci de qualité d’écriture.

Bien loin du satanisme ou de quelque paganisme venant de l’étranger (Stellarvore souhaite bien sûr aux néo-païens vénérant de fausses déités germano-nordiques de s'acheter quelques livres d'histoire pour constater l'immense supériorité culturelle des croyances gréco-romaines, constater que ce sont bien ces croyances-là notre héritage culturel — le dieu du tonnerre, c'est Zeus, pas quelque zouave venu des glaces — et qu'adorer pour la pose les divinités de l'envahisseur normand touche au ridicule ; enfin, Stellarvore invite ces gens-là de se jeter du haut d'une falaise — à défaut de Dieu, ce sera Poséidon qui prendra soin d'eux). Bien loin du satanisme ou de quelque paganisme venant de l'étranger donc, SMF de Lancelot parle principalement d’art, de mythologie, de la décadence de la France ou encore du silence de Dieu — toujours en français évidemment.

Après une première démo volontairement confidentielle, Stellarvore a, en 2017, signé avec le label polonais Via Nocturna qui a diffusé l'album L'Orgueil des drapeaux et des flammes.
Celui-ci est disponible en format CD sur le site du label :
Album L'Orgueil des drapeaux... sur Via Nocturna.

Stellarvore travaille actuellement sur un deuxième album qui ne verra pas le jour avant 2019.

Pourquoi chanter en français ?

S’il y a eu de notables exceptions, ces trente dernières années le black metal s’est trop facilement contenté de paroles médiocres — bien souvent en anglais — ne sachant parler d’autres choses que de Satan, du mal, de la beauté de la nature ou de paganisme.

Et sans honte, certains chantaient à la fois leur amour pour Satan et leur refus de croire en Dieu, n’y voyant la aucune contradiction... D’autres encore se plaisaient à louer Thor ou Odin tout en exprimant farouchement leur haine de la religion — et ne parlons pas de ces groupes chantant l’amour de leur pays et de la tradition, et qui sans vergogne utilisent la langue de l’envahisseur culturel américain. À d’autres époques, on aurait appelé cela de la collaboration.

L’invasion a été réussie. Si à l’époque on pouvait écouter Johnny Halliday ou Eddie Mitchell reprendre des chansons américaines en français, aujourd’hui on ne peut entendre un titre de metal en français sans se sentir dérangé.

La faute en est bien sûr aux textes médiocres, sans musicalité, au refus d’accorder de l’importance au contenu lyrique des chansons (qui pourtant s’appellent toujours des chansons) ; mais c’est également la faute à cette hégémonie culturelle américaine qui laisse penser que l’anglais est la seule langue acceptable pour qui veut rayonner à l’international.

Pourtant, que serait Rammstein s’ils chantaient en anglais ? les grandes heures de Shining n’étaient-elles pas quand ils chantaient justement en suédois ? les titres en norvégien des premiers albums de Burzum n’ont-ils jamais dérangé qui que ce soit ?

À tous ceux pour qui « le chant en français dérange », Stellarvore leur souhaite — et serait ravir de leur offrir —, une balle dans la nuque.

Albums

L’Année terrible, démo 2015

# Titre Durée Paroles YouTube
1L'Année terrible3:50
2Le Faux Prophète7:38 
3La Confession d'Icare3:34 

La démo 3 titres K7 L’Année terrible est disponible gratuitement sur Bandcamp.
Une version complète en MP3 ou en FLAC est également disponible, accompagnée de sa jaquette imprimable, téléchargeable grâce au lien ci-dessous.
Cet enregistrement n’a pas vocation a être sorti sur support physique, ni à être vendu.

MP3 FLAC

Bandcamp

L’Orgueil des drapeaux et des flammes

# Titre Durée Paroles YouTube
1L'Aigle noir de Prusse2:59
2L'Année terrible3:49
3Pour la France3:36
4Le Poing de Njörd4:21 
5Le Sourire du pendu5:12 
6Le Faux Prophète7:32 
7L'Éloge d'un meurtre9:49 
8Première Confession (Icare)3:31 
9Le Banquet6:33

Date de sortie : avril 2017 chez Via Nocturna
L’album L’Orgueil des drapeaux et des flammes est disponible gratuitement sur YouTube et SoundCloud.
Une version complète en MP3 ou en FLAC est également disponible, accompagnée de sa jaquette imprimable, téléchargeable grâce au lien ci-dessous.
Et bien sûr, celui-ci est disponible en format CD sur le site du label :
Album L'Orgueil des drapeaux... sur Via Nocturna

MP3 FLAC

YouTube SoundCloud

Voyage à travers l’album

L’Orgueil des drapeaux et des flammes est un album composé de neuf pièces ayant chacune leur propre identité, et étant pourtant liées les unes aux autres par une sorte de fil rouge souterrain. C’est ce fil rouge que je vous propose de suivre avec cette explication, titre par titre.

SMF de Lancelot

I. L’Aigle noir de Prusse

Première chanson de l’album, elle est également la première de la sous-partie de trois titres intitulée Souvenirs de 1870. Chacune de ces trois chansons est inspirée par un des trois tableaux de Gustave Doré de son groupement nommé lui aussi Souvenirs de 1870.
Ce premier tableau appelé également L’Aigle noir de Prusse, tout en grisailles, nous montre une jeune femme à terre, au bord d’un chemin, menacée par les serres puissantes d’un aigle. Si chez Gustave Doré cet aigle représente la Prusse, chez Stellarvore l’ennemi est tout autre.
Le texte est court, violent, sans ponctuation et se terminant en suspension.
La chanson est à son image : courte, violente et se terminant de manière abrupte, laissant place à un titre plus lent et mélodique.

II. L’Année terrible

1870 était pour Victor Hugo l’année terrible — pour Gustave Doré aussi, qui a peint le tableau L’Énigme. On y voit une jeune femme — la belle ange, qu’on devine avoir déjà rencontré dans le tableau précédent. Quelle est cette ange ? Quelque messager céleste descendu sur terre se lamenter devant ces soldats morts ? l’âme de Paris meurtrie ? Pour Stellarvore, elle est l’allégorie de la France, anéantie par l’envahisseur — inlassablement, l’histoire se répète.
Musicalement, ce titre est beaucoup plus calme. Il est coupé au milieu par un solo de guitare sans prétention et s’achève par une longue lamentation s’éteignant en decrescendo.

III. Pour la France

Le troisième titre commence par une basse seule avant d’être rejointe par une batterie et une guitare à la mélodie très norvégienne. Le tableau de Gustave Doré qui a inspiré ce titre s’appelle La Défense de Paris.
Le texte de la chanson est constitué de citations de l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle (extraites de son livre Gilles) et de Ivan Čolović, universitaire serbe ayant écrit sur la guerre de Yougoslavie — car le conflit serbo-albanais n’est qu’une anticipation des combats à venir en France.
Si le titre commence lentement, la batterie finit par se lancer en blast-beats avant que la chanson ne s’effondre ; puis elle repart, et des chœurs germaniques viennent la soutenir — car pour Stellarvore, ce n’est pas l’Allemagne ou la Prusse l’ennemi.

IV. Le Poing de Njörd

Les Souvenirs de 1870 s’étant achevés, l’album repart avec une violence toute mardukienne dans cette chanson qui parle d’un équipage viking chahuté par le mythique kraken.
Un parallèle est fait avec l’antique Scylla qui en son temps attaquait aussi les équipages.

V. Le Sourire du pendu

Je suis assez fier du texte de cette chanson, mais qui saura voir à quel point, quand on lit entre les lignes, elle est violente et à contre-courant total de l’air du temps ?

VI. Le Faux Prophète

Quelque part, la chanson Le Sourire du pendu s’adresse à tous les disciples de ce faux prophète : Mahomet. Car l’ennemi que l’on ne désignait pas dans les Souvenirs de 1870, c’est bel et bien l’Islam.
Que l’on n’apprécie ses prêches ou pas, le Christ fut le dernier prophète a avoir foulé la terre.

VII. L’Éloge d’un meurtre

Bien sûr, dans le monde du black metal, ce Christ a toujours tenu le rôle d’ennemi. Dans ce long medley de Burzum, je me suis plu à imaginer un Varg Vikernes comprenant ses erreurs, comprenant que non, le Christ n’est pas — n’est plus ? — l’ennemi.
Et je ne me suis manifestement pas trompé, puisque récemment (en octobre 2016) Varg a posté sur son blog un article en ce sens là.

VIII. Première Confession (Icare)

Mais comment prendre la défense du Christ quand on a voué sa vie au black metal ? — donc au mal. Cette chanson essaie d’y répondre, et j’ose croire que le lecteur aura assez de réflexion pour en comprendre le sens et assez d’ouverture pour s’y pencher dessus.

IX. Le Banquet

Dans cette dernière chanson, nous retrouvons la belle ange, telle que sur la pochette de l’album : violée, souillée, anéantie. L’ennemi a gagné. Pourtant, sur l’illustration, on devine une armée luttant, comme pour sauver le cadavre encore chaud. N’est-ce plus qu’un cadavre ? La cavalerie va-t-elle arriver à temps ? Stellarvore n’a pas la réponse, mais le groupe offre avec ces trente dernières secondes de musique, un des soli les plus épiques que le black metal ait connu — en toute modestie.

Photos

SMF de Lancelot

SMF de Lancelot : chant, batterie.

crédits : TZ Photographies.
SchlangeKaiser

SchlangeKaiser : guitares.

crédits : TZ Photographies.
Siracide de Salò

Siracide de Salò : basse.

crédits : TZ Photographies.
Stellarvore, photo de groupe

Stellarvore : photo de groupe.

SMF de Lancelot en studio

SMF de Lancelot lors de l’enregistrement de l’album L’Orgueil des drapeaux et des flammes.

Gros plan sur la batterie

Gros plan sur la batterie.

Vidéo

En 1990, est passée la loi sur la réforme orthographique, loi qui par souci de « simplification » a notamment choisi de s'éloigner du latin et de considérer que désormais le mot vidéo prendrait un S au pluriel.
Stellarvore s'oppose bien évidemment à ce viol de la langue française, et contrairement à la plupart des collabos de la République, ne met pas de S au pluriel de vidéo.

Vidéo de l’enregistrement de la batterie pour l’album L’Orgueil des drapeaux et des flammes, chanson L'Année terrible.

Reprise de la chanson Terroristes du groupe Légion 88. Chanson enregistrée le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Aucun MP3 disponible.

Paroles

L'Aigle noir de Prusse

Revivant le meurtre d'Abel
Par ce spectacle surréel
À terre drapeau glaive en main
Attaquée au bord d'un chemin
La jeune femme aux longs cheveux
Par un Caïn fuligineux
Le sinistre aigle noir de Prusse
Sans qu'aucune autre issue ne fut-ce

L'Année terrible

Sous le crépuscule naissant,
Le ciel s'assombrit. Connaissant
De l'histoire son épistrophe,
Le mystérieux sphinx théosophe,
Gardien du monde souterrain,
Se souvient des lances d'airain,
Du sang qui ravinait les champs,
Des pleurs, de l'absence de chants.

La figure laurée, l'orant,
Le regard levé, implorant,
Se traîne jusque la hauteur.
L'antique sphinx consolateur
Et la belle ange anéantie,
Mains, visages en synanthie,
Communient sous ce ciel d'automne
Que la fumée noire cotonne.

Au-dessus des derniers flambeaux
Résonne le chant des corbeaux
Qui seul apaise mon émoi.
Ô belle ange, pleure avec moi.

Pour la France

« C'est cela mon époque. Et c'est cela, la vie de l'humanité, toujours. C'est ce massacre sordide, ce soir, et ce pur combat, ce matin. Que pouvez-vous imaginer d'autre ? Puis-je regretter Paris et sa torpeur ? Mais le Paris que j'aime, c'est celui des siècles pleins de sang. Est-ce qu'il n'y a pas du sang sur les pierres du Louvre ? Ici les gens ont encore voulu passionnément quelque chose les uns contre les autres. »

« Les Français avaient fait des églises et ils ne pouvaient plus les refaire ni rien de semblable : toute l'aventure de la vie était dans ce fait, la terrible nécessité de la mort. »
Pierre Drieu la Rochelle — Gilles


« La nation et la guerre ne font qu'un, puisque la nation, c'est l'ensemble des hommes qui font la guerre côte à côte. Toute destinée humaine et sociale n'est justifiée que si elle prépare la guerre. »
Ivan Čolović — Le Bordel des guerriers



Le Poing de Njörd

Alors qu'à l'horizon Sòl se couche,
La nef glisse sur cette mer farouche
Où voudraient se refléter les étoiles
— Et la tourmente chahute les voiles.
Le bateau roule, tangue, inglorieux ;
Danse, comme ivre, sur les flots furieux.

Mais ces flots, houleux, écarlate,
Que le soleil déclinant irradie,
Mêlent à leur fauve incendie
La mordorure qui éclate
Soudainement à la surface :
Le Kraken, sinistre carcasse.
À l'autre bout des continents,
Dans bien des lieux fascinants,
Ulysse aussi avait lutté :
Par Scylla, persécuté,
Ou souffrant de Poséidon
La colère. Ni abandon
Ni résignation ne chantaient
Dans sa tête. Ses vœux n'étaient
Que courage.
La même scène,
Sur la mer hyperboréenne
S'illustre : Ce n'est non Scylla
Mais le Kraken qui se tient là
— Et Njörd dépourvu de pardon
En place de Poséidon.
Ce terrible monstre marin
Surgi de l'abîme profonde
Est une incarnation immonde
Du poing de Njörd, le souverain
Des vastes mers, du feu, du vent
— Il est le gardien malfaisant.

Les tentacules de la bête
Sont de puissants doigts ; la tempête
Qu'ils provoquent en saisissant
le kenar le secoue passant
De bâbord comme de tribord
Tous les marins par dessus bord.
Et la mythique pieuvre enchaîne
Ce dragon fatigué, l'entraîne
Dans les profondeurs — son donjon
— Lui offrant l'ultime plongeon.



Le Sourire du pendu

Avec une certaine nonchalance,
À son arbre, le pendu se balance.
Comme il est fier de son nouveau collier !
Et s'il fallut au dos ses deux poings lier,

C'était pour mieux exposer à la horde
Sa somptueuse parure de corde.
Il se pavane, le menton bien haut,
Lui qui hennissait quelques jours plus tôt.

Le faisandage ronge sa peau brune ;
Des vers en sortent comme d'une prune.
Pourtant, le soir, quand souffle l'aquilon,
Comme s'il était joué du violon,

Il danse tel un faune, cabriole,
Claque son intestin sur sa guibolle ;
Il vole au gré du vent, comme un drapeau
— Parfois tombe même un bout de peau.

Le matin, sa carcasse reposée
Qui ruisselle d'une fine rosée
Aime à accueillir quelques étourneaux
Utilisant comme des marches d'escabeaux

Ses côtes décharnées. Là, ils picorent
Sa chair, extirpent des vers qu'ils dévorent.
Un vol de corbeaux s'est plus tôt repu
De ses yeux et de son visage lippu.

Ainsi, hormis quelques lambeaux pendants,
Ce visage n'a gardé que ses dents.
Mais le pendu ne reste pas de marbre :

Sans lèvres, il apparaît souriant.
Quelle joie ! il peut enfin, insouciant,
Se balancer à la branche d'un arbre.



Le Faux Prophète

Alors qu'à l'ouest de la mer rouge, là où, paisibles,
Près du Nil, dormaient sphinx et pharaons antiques,
L'Est n'était que vastes étendues désertiques,
Terres stériles aux horizons prévisibles.

Sur les rives du Nil, de grands temples dorés
Avaient trôné. À l'Orient, n'étaient adorés
Que pierres et cailloux de cette terre aride.
Là-bas le cœur des hommes aussi était lapide.

Et pourtant, parmi ces hommes au teint hâlé,
Sous ce vif soleil qui jamais n'était voilé,
Naquit l'homme aux 201 noms, le faux prophète,
Cet escarpe, ce pédophile et meurtrier !

Il se pensait héraut mais n'était que le fils
D'une femme dont le ventre, forcé par Iblis,
Délivra cette engeance vile et contrefaite :
Cet escarpe, ce pédophile et meurtrier !

Frappé par la coruscation de Gabriel,
Il se pensa saisi par la grâce du Ciel ;
Pourtant il était toujours l'apôtre du mal,
Cet escarpe, ce pédophile et meurtrier !

Car de la voix de l'archange, en fait il n'oyait
Que celle de Sheïtan qui le dévoyait.
Il restait, sans le savoir, l'apôtre du mal,
Cet escarpe, ce pédophile et meurtrier !

Ce chafouin se prenant pour un lampadophore
qu'encore on vénère sans qu'il ne se dédore.

Suivant la voie tracée par ce faux prophète — qui besognait avec la même vigueur odalisques et chameaux —, ses disciples, à travers les siècles, brûlèrent livres, détruisirent statues, anéantirent des cultures entières.
La seule considération esthétique qu'ils n'aient jamais eue, fut de voiler leurs femmes, si laides le visage à découvert que leurs chameaux en chiaient des vers.
Ce beau modèle de Médine, qui gamahuchait filles et langotait garçons, ravageait villes et assassinait poètes, professait une religion à la philosophie aussi stérile que les terres qui l'ont vu naître.

Gardez-vous de ces faux prophètes bénisseurs,
Au-dedans, ce ne sont que des loups ravisseurs ;
Sous ses apparences de brebis, chaque darne
De cet escarpe, pédophile et meurtrier

N'est qu'épines et chardons. Cueille-t-on donc
Des raisins sur des épines ? ou sur des chardons
Des figues ? Il n'y aura de fruits, car s'incarne
Dans cet escarpe, pédophile et meurtrier,

Le grand loup dévorant son peuple consentant
Et la plus grande réussite de Satan.



L'Éloge d'un meurtre

Comme je marche seul à travers les bois sombres,
Hagard, accompagné d'à peine quelques ombres,
Sous ce feuillage épais mon penser semble vain.

Pourtant, j'entends frémir comme une créature ;
Ce léger bruissement — celui de la nature —
N'est que l'incarnation du silence divin.

Mais comment pourrais-je tolérer sa présence ?
Moi qui ai refusé de prêter allégeance.
Comment pourrais-je ? — j'ai brûlé Sa maison.
Oui ! de mes mains brûlé ! et pourtant sans raison...

Et ici ne s'est pas arrêtée ma démence
Car j'ai aussi tué, chargé de véhémence
— Tué avec raison cet enfant de putain,
Le laissant à terre... pathétique pantin.

J'ai beau eu vénérer des divinités mortes,
J'ai beau eu incendier de notre Dieu les portes,
J'ai beau eu refuser d'emplir pour Lui les sportes,
J'ai beau eu mépriser jusqu'aux derniers cloportes,

Quand je m'assois au sol avec un mauvais vin,
Que je ferme les yeux, refusant Sa présence,
Son silence brille comme une incandescence
Sur mes pensées noires — le silence divin.



Première Confession (Icare)

Voyant l'aigle chaque jour le soleil frôler,
Hanté par l'ombre pesante du purgatoire,
Tel Icare s'élançant de son promontoire,
Pour fuir les ténèbres, je voulais m'envoler.

Par Vanité, j'approchais de l'Astre ocellé.
Je voulais égaler Sa bonté, sans savoir
Qu'à trop approcher la Lumière, ce pouvoir
Allait désagréger mon faible corps ailé.

Mais j'ai compris durant ce tourbillon sans fin :
Il m'a offert les ténèbres — cadeau précieux.
Je n'ai besoin ni de lueur, ni de prière ;

Et quand cette chute s'arrêtera enfin,
Je me relèverai, le regard vers les cieux,
Car mort, mon âme deviendra pure lumière.

Le Banquet

Sous un voile de pourpre, festoyaient bruyamment des hôtes complaisants et leurs invités d'Orient. Les premiers s'allongeaient ou mangeaient accroupis ; d'autres, sur le ventre, tiraient à eux la viande et se rassasiaient, appuyés sur les coudes, dans la pose pacifique des lions lorsqu'ils dépècent leurs proies. Dans cette clameur, les terminaisons élégantes de la langue des premiers se heurtaient aux consonnes du désert, âpres comme des cris de chacal.

Sur la grande table du banquet, des jambes s'éployaient, tenues écartées par les hommes du désert. Dieu ! c'était là la belle ange, chacun l'enfourchait, l'un après l'autre, parfois même à deux — et les hôtes, ses enfants, regardaient, indulgents.

Sur la table, le corps de la jeune femme et son sang se mêlaient aux sauces et aux jus ; elle était devenue, sous la violence des hommes des sables, viande parmi les viandes. On aurait pu brûler le Louvre ou Notre-Dame, les yeux de ses fils auraient été tout autant éteints : ils se gavaient de viande et s'abreuvaient de vin — rien d'autre pour eux n'importait.

Contact

stellarvore@ladouloureusegarde.fr

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